Le
nouveau président occupe les médias, pas
seulement parce que le
capitalisme de l‘information l‘a porté
au pouvoir. Bien sûr, les
Bolloré et Lagardère assurent
désormais le service après-vente, ouvert
24 heures sur 24. Cette info Sarko en continu relève
d‘une stratégie,
ramener l‘exercice du pouvoir à la rubrique
« people ». Banaliser la
fonction présidentielle tout en y concentrant tous les
pouvoirs, à
l‘américaine, est un calcul. Il sert à
présenter comme archaïques les
clivages sociaux et politiques. Il s‘agit de traiter tous les
sujets
sous l‘angle paraissant comme le seul possible, celui qui
obéit aux
impératifs de l‘économie
libérale. A cet égard, les multiples
ralliements politiques et syndicaux accordent au président
un crédit
illimité.
Derrière ce cirque médiatique,
toutes les questions
sociales sont posées à la fois. Elles constituent
le coeur de l‘édifice
présidentiel. Pour l‘instant, le
président prend grand soin de ne pas
cristalliser la situation sociale par un super rendez-vous du genre loi
Fillon 2003 ou CPE en 2006. Pour éviter une fixation sur un
dossier qui
deviendrait symbolique, il veut les traiter tous en même
temps. Pour ce
faire, il multiplie les dates de rencontres à deux
étages, Medef et
gouvernement. L‘agenda en est rempli
jusqu‘à fin décembre. Tout y
passe, contrat de travail, pénibilité,
égalité hommes-femmes, salaires,
TVA sociale... Ces dates constitueront de vraies
négociations si le
mouvement syndical, si la CGT en particulier, avec
l‘assentiment des
salariés, réussissent à lui donner
cette qualité. Sinon, toutes ces
entrevues se tiendront sur l‘ordre du jour du Medef et du
pouvoir.
Rien
n‘est joué, mais tout est en jeu. Il faut,
dès maintenant, au
syndicalisme qui est le nôtre, intervenir et
répondre point par point,
avec patience et modestie, sur tous les sujets sociaux. Il nous faut
considérer à tout instant qu‘il faut
tout expliquer, démontrer, surtout
ce qui est supposé acquis. Car l‘axe
Medef-Elysée vise à opposer ce qui
est collectif, donc périmé pour lui, à
la faculté de chaque individu de
s‘en sortir seul grâce aux vertus du
marché. La fusion opérée entre
Sarko et Parisot est une machine de guerre. Le sens même de
la
présidence y est contenu : tourner la
société française vers la
compétition entre pays industrialisés et pays
émergeants, Chine, Inde,
Brésil… Donc réduire la question
sociale à la marge.
Ils
baptisent « réforme » leur politique
annoncée de déblayer les obstacles
sociaux pour placer le capitalisme français en ordre de
bataille
concurrentielle. Beaucoup de salariés se sont
laissés abuser.
L‘adhésion majoritaire à nos objectifs
de solidarité et l‘acquisition
de droits sociaux pour toutes et tous prend de ce fait un sens majeur.
Notre syndicalisme CGT doit à la fois rassembler et
recomposer sa masse
critique.
Relevons ce défi.