Etats
généraux de la presse
Ce que dit la Filpac CGT
Le gouvernement veut tenir à l’automne des
« états généraux de la
presse ». Etats généraux ? Alors il
doit s’agir d’un vaste débat
national, public, ouvert à tous. Pas d’un
séminaire d’experts de
connivence, d’économistes du même bord,
de financiers et d’industriels
intéressés par leurs parts de marché.
On parle bien de ça ? Alors
avançons les moyens, mesures et initiatives à
mettre en œuvre au
service de l’information, du pluralisme, de la
démocratie.
Pour une
orientation démocratique
La presse, l’essor du nouveau média
numérique, l’information en
général, ont besoin de se frayer de nouveaux
espaces, et de faire
fructifier les acquis historiques en matière de
démocratie. Mais
existe-t-il un choix démocratique ? Tout dans le discours
dominant est
centré sur l’économie
libérale, érigée au rang de science
exacte, de
vérité absolue. Priorité doit
être donnée à la qualité de
l’information, pas à la rentabilité de
la transaction commerciale de sa
vente.
La crise ? Celle de l’offre éditoriale
Les éditeurs parlent de la « crise » de
la presse. De quelle crise
s’agit-il ? Elle est engendrée par la
pauvreté de l’offre éditoriale et
des contenus, par l’extrême rareté de
l’initiative créatrice de
nouveaux titres, qu’ils soient imprimés ou sur un
site Internet.
La crise de la presse est
d’abord la crise de l’offre éditoriale.
En revanche, la part est belle pour un certain type
d’informations,
celles relevant de la sensation, de l’émotion, du
superficiel. Une
entreprise de formatage de l’opinion se construit, elle est
l’inverse
du choix à opérer pour la promotion de
l’information. Le rôle de la
presse et de l’information doit être
renforcé dans l’espace public.
La presse et
l’information doivent participer au débat public,
pas à la fabrication de l’opinion.
Le rôle des institutions démocratiques
L’information et la presse, pour exister dans notre pays que
certains
aimeraient immerger dans le libéralisme, doivent-elles
être,
obligatoirement, concentrés dans de grands groupes ? Ou bien
ont-elles
une chance d’accès à
l’indépendance, à la qualité
au service du citoyen
? Dans ce cas, des mesures doivent être prises pour les
protéger,
assurer leur pérennité et leur
développement. L’information et la
presse sont mortelles. Assurons-leur une longue vie.
A
cet égard, quel est le rôle des institutions
démocratiques et des
pouvoirs publics ? Aider les groupes les plus forts à
construire un
marché de l’information à
l’échelle mondialisée, ou
développer une
société de l’information
fondée sur des valeurs démocratiques, qui
nécessitent des investissements et une régulation
économique et sociale
renforcée.
De quoi parle-t-on quand il est
évoqué un «
nouveau modèle économique » ? Trois
sources financent la presse
d’information générale :
l’achat du lecteur, la publicité, les aides
à
la presse. Marche-t-on vers le renforcement d’une illusion,
la
gratuité, pour mieux éradiquer l’une
des sources de financement, les
aides à la presse ? Qu’elles doivent
être réorientées vers la
création
éditoriale, vers le soutien aux moyens de
l’indépendance, certainement.
Mais supprimées ? Non. Des partisans organisés
agissent en lobby pour
obtenir cette destruction.
Nous
sommes pour réévaluer ces aides, pas les
détruire.
Promouvoir le pluralisme et
l’indépendance de l’information
Notre choix est net : force doit rester à la
démocratie. Il s’agit de
promouvoir le pluralisme de l’information donc de la presse,
de
soutenir l’initiative éditoriale nouvelle, de
conforter les moyens
industriels leur permettant d’exister, d’assurer
une distribution et
une diffusion équitables qui assurent le droit et
l’accès libre à
l’information, de mettre au point un système de
solidarité qui
soutienne les organes de presse les plus faibles, de créer
de
véritables instruments de mesure de la vente de
l’information et de la
presse.
Ces objectifs relèvent d’une loi
d’orientation.
En conséquence, nous optons
pour un renforcement des organes de régulation de
l’information et de la presse.
Des structures existent :
-
une direction du développement des
médias sous la tutelle du ministère de la
Communication et de la Culture,
-
un conseil supérieur des messageries de
presse chargé de l’application de la loi sur la
distribution de la presse (loi Bichet),
-
une
commission paritaire des publications et agences de presse groupant
administrations et entreprises de presse, dont le
secrétariat relève de
la DDM,
-
une société professionnelle
des papiers de presse assurant le service d’une centrale
d’achat aux éditeurs.
Il s’agit maintenant de mieux coordonner leur action au
service de
l’indépendance et du pluralisme de la presse et de
l’information. Pour
ce faire,
nous
préconisons la création d’une haute
autorité de la presse,
en charge de l’application de la loi d’orientation,
de la coordination
des moyens de régulation, et dont les membres seront
désignés par
l’Assemblée nationale, le Sénat et le
Conseil économique et social.
Les moyens de
l’initiative éditoriale
L’exercice concret de la démocratie de
l’information suppose des
moyens. A défaut, seuls les plus fortunés
disposeraient du pouvoir de
création éditoriale. La dérive
actuelle l’illustre. C’est pourquoi la
création éditoriale, l’encouragement
aux initiatives rédactionnelles
doivent disposer d’un système de financement.
Un fonds tel que celui existant
dans l’industrie cinématographique devra
être créé, dont les sommes
collectées seraient allouées selon les
préconisations de la Haute Autorité.
L’initiative éditoriale, ainsi
encouragée, aura également pour effet de
renouer les liens de confiance très
détériorés entre les lecteurs et
les rédactions. Existent des chartes
déontologiques, dont celle de
Munich est la référence. Mais elles ne sont pas
appliquées. De
surcroît, le nouveau média, Internet,
véhicule une somme considérable,
en perpétuelle progression, d’informations non
vérifiées. Dès lors la
qualité de l’information n’est pas
certifiée.
Un
label devra être mis en place
qui, apposé sur le support médiatique, certifiera
la véracité des
informations délivrées par des professionnels et
les indissociables
bonnes relations sociales (tarifs salariaux, qualifications, temps de
travail, stabilité des contrats de travail)
présidant aux rapports
entre salariés et direction au sein des entreprises
d’information.
Soutien public au pluralisme
Le pluralisme est d’importance constitutionnelle, le Conseil
constitutionnel l’a établi en 1984. Pour que nul
écart ne se creuse
entre les textes fondamentaux de la république et la
réalité du
terrain, le pluralisme doit être supporté par
un fonds à vocation
égalitaire.
Précisément, la répartition des fonds
doit être inversement
proportionnelle aux capacités financières, aux
ressources publicitaires
des différentes entreprises d’information. Le
choix d’attribution des
sommes et leur montant doivent cibler les supports quotidiens
d’information générale de
façon à corriger les
inégalités existantes,
et à encourager les initiatives et créations
éditoriales. La
gymnastique économique se mettra au service du pluralisme en
ce sens
que le mur de l’argent ne fasse pas obstacle à la
libre circulation des
informations, des opinions et des idées qui lui sont
liées.
Distribution et impression :
la place des moyens industriels
Les moyens industriels au service de
l’initiative éditoriale font partie
intégrante des moyens du pluralisme.
Les centres
d’impression des quotidiens reçoivent la garantie
de demeurer attachés aux entreprises d’information,
qui utilisent leurs moyens pour assurer
l’indépendance de leur fabrication.
De la même façon,
la loi Bichet et le
système de distribution des NMPP et des MLP doivent
être confortés
et adaptés aux missions qui sont les leurs : fournir au
citoyen, en
quelque lieu que ce soit du territoire, le ou les titres de son choix.
Les éditeurs, à l’instar des moyens
d’impression, doivent garder la
maîtrise de la distribution, ce qui les met à
l’abri d’opérations
industrielles dont la logique négligerait
forcément le respect
fondamental de la liberté d’accès au
titre choisi par le lecteur.
Pour un
cadre social rénové
De façon par trop systématique, la question
sociale est traitée par une
simple soustraction des effectifs, par des
procédés de rupture du
contrat de travail, qu’elles prennent l’aspect
d’ainsi nommés départs
volontaires, de plans de licenciements collectifs, de guichets incitant
au départ individuel au terme de transactions obscures.
L’information, la presse et le média
numérique reposent sur des
personnels qualifiés, motivés, dument
rémunérés. Pour rétablir
ces
normes, développer les nouvelles qualifications, conforter
l’attachement professionnel aux entreprises
d’information, la Filpac
CGT préconise pour l’ensemble des formes de presse
d’information
générale, imprimée comme
numérique,
la
construction d’un cadre social correspondant
à la création d’un statut stable du
travail salarié.
| La Filpac
CGT
prend toutes dispositions et initiatives, avec ses
adhérents,
militants, délégués et organisations,
pour porter ses positions et
propositions dans le débat public, de telle
manière qu’elles soient
entendues et prises en compte aux états
généraux de la presse. |
Montreuil, le
23 juillet 2008